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Publié par Librairie Et Caetera 33830 Belin-Béliet

S'affranchir d'Amazon... Nous c'est fait !

Il aura fallu un confinement et le cynisme poussé à son maximum de la part de la direction pour que nous sautions le pas et décidions enfin de fermer définitivement notre boutique Amazon...

Mais pourquoi avons-nous décidé, un jour, d'ouvrir une boutique sur cette plateforme inhumaine ?

Lorsque nous avons démarré la vente de livres en ligne (en 1999), nous n'avions nul besoin d'Amazon, nous vendions sur Chapitre, Galaxidion, Livre-rare-book, Abebooks... Nous parvenions à gagner notre vie.

En 2008, notre activité ne nous permettant plus de dégager un revenu suffisant pour vivre, nous avons repris les marchés, qui, malheureusement, ne rapportaient pas grand chose non plus... Plusieurs collègues nous ont conseillé de rejoindre Amazon : "On y bosse" disaient-ils... C'est en désespoir de cause que nous y avons ouvert un compte ; il y avait les gosses à nourrir, les emprunts à rembourser...

Et oui !  "On y bossait" en effet...

Damned ! C'était donc là qu'avaient migré une bonne partie des lectrices et lecteurs et nous y avons retrouvé quelques connaissances ...

Et voilà, la grosse machine avait trouvé la façon d'embarquer un maximum de personnes dans son entreprise d'algorithmisation du monde...

C'est par "facilité" que nous y sommes restés si longtemps... Mais, si ce n'est un apport financier quasi "garanti", nous n'avons trouvé aucune satisfaction à exercer notre métier sur cette plateforme. Notre degré de souffrance n'est, bien entendu, pas comparable à celui des salariés des entrepôts, mais nous nous sommes trouvés noyés au milieu d'une masse des livres à des prix aberrants (le prix d'un même livre peut varier de 1 centime à 965,37 €), en proie à la "fusion" des offres dénaturant nos descriptions, interdits de communication directe avec nos clients, minutés, évalués, fliqués, incités à être toujours plus compétitifs, infantilisés, mal considérés et menacés de suspension de notre compte à la moindre protestation... Chez Amazon, le client à toujours raison, le "collaborateur" marketplace a donc toujours tort. 

Pour tous ces "services", Amazon prélevait environ 20% de notre chiffre d'affaire (loyer compris).

Nous avons très vite ressenti un malaise à l'idée d'être acteurs de cette catastrophique dérive du monde et de notre propre aliénation.

Et que dire du dépit à l'idée de participer à l'accroissement de la fortune indécente de Jeff Bezos...

Nous n'étions pas clients amazon et l'intention de quitter ce navire était là depuis l'origine. Nous sommes très heureux d'avoir, aujourd'hui, l'audace de faire ce pas de côté. Même si nous ne savons pas trop où nous allons en nous privant d'un tiers de notre revenu, cette décision nous réjouit... En nous libérant de cette "tyrannie de la commodité * " nous allons certainement gagner en inventivité et, en attendant,  nous plantons des patates :-)

Je souris (jaune) en lisant les messages larmoyants adressés par la direction ; Le méchant tribunal qui empêche amazon d'apporter "de l'aide" à ses clients en cette période exceptionnelle, le virus qui affecte notre "communauté", l'assurance que notre partenariat est apprécié... J'ai récemment relu mon contrat, je n'y ai trouvé aucun indice d'une volonté communautaire et je ne me suis jamais sentie "partenaire"...

Nous invitons chacun et chacune à s'affranchir de ce mode de consommation et, d'une façon générale, à se demander avant tout achat : "Est-ce que des personnes ont été maltraitées pour que, moi, je puisse accéder à ce bien de consommation ?" ou  "Quelle incidence ma consommation a-t-elle sur le vivant  ?"  Cette Ethique minimale réduira rapidement notre impact social et environnemental !

Pour continuer à exercer notre beau métier,  nous rejoignons des plateformes indépendantes :  https://www.leslibraires.fr/  plateforme française dédiée au livre et nous tentons l'Amérique avec Biblio.com . Nous allons aussi travailler à tisser du lient avec nos clients et à développer la vente directe.

Cela s'ajoute à nos boutiques  Abebooks (Filiale d'Amazon (eh oui!), mais sur laquelle il n'est pas désagréable de travailler car elle permet encore, à ce jour,  le contact direct entre vendeur et acheteur) et,  livre-rare-book  (notre lieu de travail préféré !)

livre-rare-book étant le seul site à ne pas prélever de commission sur les ventes, en passant votre commande sur ce site, c'est vous qui bénéficierez d'une remise :-)

au plaisir de vous retrouver ici ou là...

*https://www.lemonde.fr/blog/internetactu/2018/03/24/la-tyrannie-de-la-commodite/

 

Ce petit article à suscité beaucoup de réactions

Suite et droit de réponse...

S'affranchir d'Amazon... Nous c'est fait !

 ActuaLitté a relayé notre précédent article. Il a été partagé un peu partout et a suscité pas mal de réactions anti ou pro amazon.  Les commentaires agressifs m'ont laissée perplexe : Avais-je critiqué un Dieu ? Qu'est ce qui motive les personnes qui se sentent investies pour "défendre" cet empire ?

Lire et répondre à tous ces messages étant assez chronophage, nous avons rédigé un texte en réponse à toutes les remarques, critiques et "conseils" reçus.  Le voici ci-dessous.

"Mes propos n'engagent que moi, et je n'ai pas prétention à convaincre les foules. Ce texte publié sur mon blog (plutôt confidentiel) était destiné aux amis et clients de la librairie qui le suivent. Je l'ai transmis à des collègues libraires et j'ai accepté qu'il soit relayé sur Actualitté, plutôt contente que des personnes trouvent mes propos dignes d'intérêt. Je ne suis pas une habituée de la polémique online (les libraires et autres documentalistes ont la réputation d'être  discrets) et n'envisage pas d'y passer trop de temps, préférant de loin l'interaction en live.

Cependant ce témoignage de mon expérience de « partenaire » marketplace et cette invitation à une réflexion plus générale sur la consommation semblent avoir agacé ou blessé pas mal de personnes et, de fait, je me sens un peu obligée de répondre pour clarifier mes propos.

J'ai pas mal réfléchi, en ce beau dimanche ensoleillé, tout en binant mes patates, et ma réponse risque d'être un peu longue.

Mon compagnon se joint à moi, nous faisons un seul message en réponse aux commentaires et questions postés sur les différents sites. J'emploierai donc le nous (il sera plus facile à deux d'absorber les commentaires énervés et les  !!!! s'il y en a en retour).

Notre réflexion résulte du constat que le mode de consommation (et de vie) des pays industrialisés n'est pas soutenable pour la survie des espèces vivantes sur terre (je ne dis pas survie de la planète, elle survivra sans nous). Si vous doutez de ce postulat de départ, inutile de lire la suite...

Pour répondre à "Pourquoi encore critiquer amazon et pas les autres grosses plateformes alors ?"

Nous sommes loin de regretter uniquement le fonctionnement d'Amazon, nous ne connaissons pas "personnellement" les autres géants (si ce n'est priceminister quitté il y a déjà longtemps pour des raisons d'inconfort professionnel) et nous n'utilisons aucun d'eux. Nous parlons d'amazon car nous sortons tout juste de  12 ans de "partenariat" avec eux et nous en avons gros sur la patate. Un peu comme si amazon nous avait contraints à rejoindre sa "communauté" après nous avoir privé de nos revenus en faisant péricliter les petites structures avec lesquelles nous travaillions auparavant (et ce en embarquant un grand nombre de clients), pour ensuite nous louer plus cher ses services (par ailleurs beaucoup moins satisfaisants pour nous). Alors oui, nous crachons dans la soupe (notre minuscule crachat ne souillera cependant certainement pas le bouillon commun).  Nous ne mordons pas la main qui nous a nourris, nous dénonçons les pratiques abusives d'un "partenaire" que nous avons également nourri (nous lui avons donné quelques 5000 euros l'an passé).
Par ce message, nous ne souhaitions pas exprimer une quelconque rancœur car nous n'avons de reproches à faire qu'à nous-mêmes, de nous être laissés embarquer et d'avoir pensé pendant si longtemps que rester "là" était incontournable. Nous souhaitions simplement partager une expérience, une réflexion, prévenir... et questionner chaque personne sur ce qu'elle se sent capable de faire pour conserver ce qu'elle veut conserver ou pour ne pas perdre ce à quoi à elle tient.

Cette période troublée et troublante de confinement nous semblait propice à ce type de réflexion sur les priorités que chacune et chacun a envie de se donner.

Nous sommes tout à fait d'accord sur le fait que ce qui a fait la grandeur d'amazon et de tous les GAFAM, ce sont les utilisateurs/consommateurs qui l'ont établi et consacré. Ils y ont été fortement incités, bon gré, mal gré, car ils y ont trouvé la commodité, un sentiment de sécurité et d'appartenance à une communauté que des spécialistes de la communication et des neurosciences ont su développer pour qu'ils y transposent la satisfaction de ces besoins fondamentaux dans le monde virtuel, au détriment du monde réel. (La série dopamine d'ARTE est intéressante à ce sujet). C’est donc à nous, les petites gens, que ces géants doivent leurs immenses fortunes.

Nous avons souri au "Post de bourgeois ! Tout le monde n'a pas les moyens d'acheter ailleurs que sur amazon".
Nous avons bien conscience que ce mode de consommation est commode pour beaucoup de personnes et nous ne jetons la pierre à personne. Nous pensons juste qu'il n'est pas incontournable. Vous vous souvenez ? Il n'y a pas si longtemps, nous savions vivre sans... Sommes-nous plus heureuses et heureux maintenant ? Les personnes qui évoquent ici cette absence d'alternative, sont-elles, elles-mêmes, privées d'autre possibilité pour effectuer leurs achats ?

Encore une fois, n'effectuant pas d'achats sur ces plateformes, nous nous dispenserons d'avoir un avis sur la compétitivité des prix, mais concernant le livre (qui est une part importante du marché amazon), pour le neuf, ils sont au même prix que partout ailleurs et pour l'occasion, souvent moins chers ailleurs, sur des plateformes moins prédatrices en commissions.

Sinon, nous ne sommes pas des bourgeois, même si nous nous sentons extrêmement privilégiés par notre qualité de vie, entourés d'arbres et d'animaux. Nous vivons de peu, matériellement parlant : une vieille Clio de 1985, des fringues d'occase, des téléphones préhistoriques, mais nous mangeons bio (je peux vous donner l'adresse d'une épicerie en ligne, éthique et pas chère - manger bio des produits non transformés coûte moins cher que manger des produits transformés non-bio - pour le prix d'une baguette Leclerc, je fais un pain de 600g).
Avec des revenus mensuels de quelques 1000 euros par mois chacun, un loyer à payer et des gosses étudiants à aider, nous avons fait le choix de nous priver de 30% de nos revenus, au moins dans un premier temps, car nous allons faire preuve d'inventivité et espérons trouver un moyen de renflouer les caisses. Dans cette prise de décision, l'aspect financier n'a pas été prépondérant. En cette période où tout est remis en question et où nous appréhendons le retour à l'anormal, le plus important nous semblait être de retrouver le plein accord avec nos valeurs.
Nous allons, de fait, réduire notre participation à la surconsommation. Sachant que, pour que notre espèce survive, il faudrait que les sociétés occidentales réduisent leur consommation de quelque 80%, nous aurons fait notre petite part. Cela ne devrait pas être trop douloureux car nous travaillons déjà depuis longtemps à réduire notre "vouloir d'achat".

Nous ne sommes pas des activistes, tout au plus des militants du minuscule.*

Nous avons bien envie de vivre dans un monde équitable, convivial, constitué de liens humains et d'entraide et nous avons fait le choix d'agir dans ce sens, avec pour objectif principal de ne nuire à quiconque.

En aucun cas nous ne pouvons nous résigner au  « les riches sont riches, les pauvres sont pauvres et c'est la vie ». Au sentiment d'impuissance que révèlent ces mots, nous opposons le sentiment que chacune et chacun a la capacité de tenter de vivre en accord avec ses valeurs, qu'il soit riche ou pauvre.

Si cette opinion reste encore minoritaire, à la suite de chaque incident climatique (incendies, ouragans, covid-19, inondations, canicule de l'été prochain ?), le nombre de personnes qui réfléchissent à leur influence individuelle sur l'écosystème global augmente. Nous espérons que la conscience collective fera pencher la balance du côté de la vie avant qu'il ne soit trop tard.

Si les valeurs partagées par le plus grand nombre demeurent en faveur d'un monde dirigé par les GAFAM dans lequel un seul être humain peut posséder une fortune équivalant à un salaire de smicard cumulé depuis le début de la vie sur terre, nous poursuivrons notre chemin "en marge" mais dans la bonne humeur, car nous cultivons avant tout, la joie de vivre.

* expression empruntée à Thomas Vinau

Bien à vous,

Sophie et Marc"

 

Et sur le même sujet, une BD en ligne de Jean-Baptiste Malet et Benjamin Adam sur l’incroyable cynisme et mépris d’Amazon pour ses salarié.es au profit de sa rentabilité, en pleine pandémie internationale.

Edité par https://www.larevuedessinee.fr/

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Jean-Pierre RECORD 19/11/2020 09:50

Bravo!
Votre démarche est courageuse et lucide.

Jean-Pierre RECORD 19/11/2020 09:49

Bravo!
Votre démarche est courageuse et lucide.

Delecroix Dominique 25/04/2020 19:19

Bonjour,
Marche a suivre Svp; Faut il simplement intervenir sur le site , faut il envoyer un courrier avec Ac et quand est-il des prélèvements avez vous vu des prélèvements faits après suppression du compte ?
Nous cela fait deux mois que notre compte est en inactif donc il nous pique quand mème les 39 euros ...
Merci pour vos réponses sur ce lien ou sur notre courriel .

LE COLLECTOSAURE 24/04/2020 18:44

On peut très bien se passer d'Amazon, à la vente comme à l'achat. D'autant plus que les "fourmis" de notre genre ne les intéressent plus guère et qu'ils font tout pour nous virer. Donc quittons-les avant de leur donner ce plaisir !

Claude 23/04/2020 10:21

Merci pour votre article. Vous avez raison de dénoncer Amazon et ses excès. Je n'oppose pas cela au fait que, par nécessité, beaucoup se retrouvent à y travailler. Ils devraient juste fermer leur gueule ? Les états ne font rien pour aider à ce que des alternatives existent. Bonne journée.