Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publié par Librairie Et Cætera 33830 Belin-Béliet

Lundi 27 juillet : Le week-end a été rude, physiquement et moralement. Depuis vendredi, nous sommes dans la fumée des gigantesques (et inédits) incendies qui ravagent la Gironde et les Landes.

(Pour les client·es : Je suis en chômage technique, le centre de tri postal se trouvant dans une commune évacuée, je ne pourrai pas expédier les commandes avant la levée des mesures d'évacuation - pas avant mercredi au plus tôt)

En 2022 nous étions évacué·es en raison d'un incendie, inédit à l'époque. Une dizaine de maisons avaient brûlé dans notre commune et nous étions en état de choc.

Dans la commune du Porge, ce sont au moins 170 habitations qui ont été détruites, à Biscarrosse,  plus de 190 bâtiments ont brûlé .

Nous changeons d'échelle et rien n'a été anticipé malgré ce premier avertissement, il y a 4 ans.

Des pins ont été replantés à l'identique sur les parcelles incendiées et très peu des moyens supplémentaires de lutte contre l'incendie (pourtant promis par le gouvernement) n'ont été mis en place.

(Lire le feu et le capital article très intéressant sur la forêt des Landes par Cairn-info)

La sécheresse est inédite, suite à 3 canicules inédites et la puissance du feu est, elle aussi, inédite, du moins dans nos contrées. Que de nouveautés !

Nous découvrons les risques que font courir aux territoires et aux populations les pyrocumulonimbus, avec leur capacité à générer des éclairs et leur imprévisibilité qui complique grandement le travail des pompiers.

 

undefined
Pyrocumulonimbus - vue aérienne - Gironde 2026

Nous entrons dans l'ère des Méga-feux avec la trouille au ventre.

Cette fois, notre commune a échappé de justesse à l'évacuation, alors c'est à notre tour d'accueillir des personnes qui ont dû quitter leur domicile dans l'urgence, dont certaines ont subi 4 évacuations en 3 jours.

Notre municipalité tient ce rôle magnifiquement, en accueillant des personnes du mieux possible dans le gymnase communal et en se faisant l'intermédiaire entre les personnes qui proposent leur aide ou un hébergement et les personnes qui ont besoin d'être aidées.

Nous n'avons que cette solidarité incroyable à nous mettre sous la dent pour garder un peu le moral devant cette désolation.

Mardi 28 juillet matin : Le calme est revenu, la fumée est partie, la chaleur s'annonce. Nous croisons les doigts pour que les températures élevées ne rallument pas le brasier. Le week-end fut effrayant et le contre-coup se fait sentir, capacité de concentration proche de zéro en ce qui me concerne.

Mardi 28 juillet 15h30 : 33°C Les départs de feu, habituels ici quand il fait cette chaleur, me mettent dans un état de stress invalidant. Je regarde les alertes en permanence et mon travail n'avance pas beaucoup. Un feu vient d'être maîtrisé à 10km d'ici, l'incendie de Saumos reprend de la vigueur. Quelle angoisse !

2 départs de feu ont été maîtrisés sur la commune du Barp. Un suspect arrêté (? à vérifier). Si l'on rajoute le facteur pyromanie dans le tableau, l'issue n'est pas pour demain.

Mercredi 29 juillet : Les réfugié·es climatiques sont toujours là, le moral est en baisse. Les températures prévues à plus de 40°C ne laissent rien présager de bon. On ne sait pas dans quel délai ils pourront retrouver leur domicile et il n'y a pas grand chose à faire pour se distraire. Toutes les activités de loisir et évènements sont annulés. Nous ne pouvons accéder ni aux lacs, ni à la rivière qui se trouvent tous dans le massif forestier. Il est difficile de se concentrer pour bouquiner ou jouer à des jeux, alors chacun·e tourne en boucle sur les réseaux ou les chaînes d'info. Cette après-midi sera décisive, nous le savons, et nous prions ou croisons les doigts pour que la situation ne s'aggrave pas.

Moi, J'arrose ! Mon jardin et celui des voisins pour essayer de sauver au moins quelques végétaux. Un pipi d'oiseau dans cette tourmente...  Mais qu'est ce que ça fait du bien de voir couler l'eau.

Je suis aidée (plus moralement que physiquement) par un poussin qui me suit partout depuis 2 semaines. Il s'appelle Pioupiou (original). C'est un petit orphelin qui est né dans ma poche, depuis il me prend pour sa mère et a une peur bleue des autres poules. Je suis contrainte d'adopter une démarche de poule pour ne pas l'écraser car il se jette perpétuellement sous mes pieds. (ça non plus, ça ne fait pas avancer le travail !)

PiouPiou au bureau (2 jours)
PiouPiou à la plage (on dirait un T-Rex)

Après cet intermède "mignonnerie"  parlons colère :

2 jours avant le départ de l'incendie de Saumos, se clôturait l'enquête publique concernant le projet d'entrepôt logistique (54000 M2) sur une zone humide de notre commune (commune forestière du Parc Naturel des Landes de Gascogne). J'en ai déjà parlé ici.

J'étais très en colère au moment de rédiger mon avis (que je colle ci-dessous)

parce que ça :

C'est précieux

Et que ça :

Le monde n'en a pas besoin !

 

 

Colère contre nos élu·es qui veulent nous imposer ce projet et contre la marche du monde en général. Parce que le scénario le plus probable est que la préfète va donner son accord pour ce projet. Sur 500 avis, 450 sont négatifs mais l'avis des populations n'a jamais empêché les projets écocidaires de voir le jour.

La colère est comme le feu, elle ne manque pas de carburant. Aujourd'hui, j'ai la rage !

Les "écolos" jugés responsables des incendies par les climatosceptiques de tous poils, c'est la cerise sur le gâteau !

Il faut qu'il arrive quoi pour que l'on cesse de nuire ? 

Qu'est que je peux en faire de cette rage pour qu'elle serve à quelque chose  ?

Je viens de lire ça sur Médiapart  : "Un seul espoir demeure : que la force des images remette l’urgence climatique au cœur du débat publicJe partage cet espoir, en effet,  mais j'ai du mal à croire que c'est ce qui va advenir.  Dans 2 mois tout le monde aura probablement oublié et sera prêt à reprendre cette course effrénée vers la grande destruction.

Il est 16h, 41°C au thermomètre. je surveille les feux sur ce site  ou celui-là tandis que Pioupiou fait sa sieste sur mes genoux.

 

Jeudi 30 juillet : Un tout petit peu de pluie ce matin. Les évacué·es pourront peut-être bientôt retrouver leur domicile... Agnès, une habitante d'Andernos que j'héberge, fête son anniversaire aujourd'hui, elle aimerait bien que la préfète lui offre un retour à la maison pour l'occasion.

Vendredi 31 juillet : Les personnes de Mios et du Barp sont rentrées chez elles. Ce matin, ça sent fort la fumée. Tout est sec - archi sec, les arbres continuent à perdre leurs feuilles.

Aujourd'hui devait débuter le festival Musicalarue à Luxey, il est annulé.

Triste ambiance et encore presque 2 mois d'été à tirer...

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
I
Tellement proche de ta colère et de tes interrogations... <br /> Toujours un plaisir de te lire, malgré les circonstances :)<br /> Faut tenir bon !
Répondre
L
Oui, tenons bon ! Merci Isa
M
Merci de ce point de situation... Je voulais au départ passer en Gironde cette semaine, vu la situation, je prefere rester "au calme", bien qu'on est pas complètement safe en Dordogne. J'etais a Orleans ce weekend, la foret n'a jamais ete aussi seche (meme en 76) et ca fait tres peur. <br /> Bon courage,
Répondre
L
ça me ferait bien plaisir de te voir, Mick, mais oui, reste chez toi !
P
Nous avons pensé à vous ainsi qu’à tous les habitants de ces zones cruellement touchées par par ces giga-incendies.<br /> Bravo pour cette solidarité qui fait chaud au cœur.<br /> Malheureusement, tout n’est pas fait pour anticiper ces drames.<br /> Bien cordialement.<br /> Jean-Claude Pujuguet
Répondre
L
Merci pour le soutien, Jean-Claude !