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Publié par Librairie Et Cætera 33830 Belin-Béliet

Je reprends le travail après une semaine de semi-congés en bonne compagnie. Je ne me sens pas très motivée, alors, plutôt que faire mes colis, je vous partage cet article  paru dans la revue Etudes Rurales que j'ai découvert à l'occasion des incendies qui ravagent notre région.

Dans notre commune, l'incendie fait partie de notre passé traumatique, mais aussi de notre présent et de notre futur. Cette année, pour l'instant, nous avons eu de la chance, pas d'incendie incontrôlable, pas d'évacuation. Juste de la fumée et les personnes évacuées des autres communes à accueillir.

Comment ne pas paniquer à la perspective d'étés à venir encore plus chauds ?

Personnellement, je panique mais je ne vais pas céder à la sidération. J'ai signé l'appel pour le climat et j'irai marcher dans la rue le 26 septembre. Cette fois, les promesses devront être tenues ! Qu'on n'entende plus jamais  Qui aurait pu prédire ?

Merci à  Laurent Delpech pour le partage de ce document. Je lui emprunte le texte ci-dessous qu'il a publié sur les réseaux sociaux

Photo de Félix Arnaudin

 

 

 

"A propos du couvert végétal qui donne son caractère très identifié à la Gironde ou au département des Landes, on parle le plus souvent de forêt.
C'est assez impropre puisqu'il s'agit pour l'essentiel de plantations, plantations exclusives de pins maritimes en l'occurrence.
Il faudrait donc parler de pinèdes artificielles, propriétés d'exploitants privés, dont on peut facilement appréhender le dessin rectiligne dans les vidéos aériennes des surfaces de troncs calcinés et dénudés qu'on nous diffuse depuis ce matin sur les chaînes d'info.
Le pin est bien sûr un résineux hautement inflammable, son tronc droit guide rapidement les flammes vers sa canopée et le sous bois de ces plantations constitué d'un tapis d'aiguilles, de pommes (de pin) et de fougères desséchées par les semaines sans pluie s'embrase à la première étincelle.
Faute d'avoir pu le juguler dans la minute, le départ de flammes du 22 juillet est devenu un méga feu historique qui se nourrit comme un ogre à la vitesse de 1000 ha de l'heure.
Il ne s'éteindra qu'après avoir épuisé toute forme de combustibles dans la région, les prévisions météo interdisent d'espérer l'aide de précipitations, et déviera de sa trajectoire au gré du vent et de barrières naturelles (la Garonne vers l'est, l'océan vers l'ouest) ou artificielles (la ville de Bordeaux où je me trouve j'espère).
Je voulais intéresser ceux qui le méconnaissent à l'écosystème des Landes de Gascogne qui préexistait à l'intervention définitive de la main de l'homme vers 1857 sous le règne de Louis Napoléon Bonaparte (dit Le Petit).
Je me paye à cette occasion une bonne tranche de wokisme (et ça fait du bien) tellement l'histoire de l'implantation de la forêt des Landes est celle de la spoliation d'une société indigène sophistiquée, riche de sa culture et de sa langue propre, fondée sur le pastoralisme extensif.
Les brebis constituaient alors le patrimoine des familles de bergers Landais, elles étaient élevées sur des terres communales sans limites de propriété et l'entraide paysanne codifiait le quotidien de communautés adaptées à leur écosystème.
A tout point de vue, la plantation des pinèdes à la fin du 19ème siècle, ordonnée depuis Paris et mise en application par une élite des Ponts et Chaussée nourrie au positivisme idéologique s'apparente à un élan irrésistible de colonisation intérieure.
Similaire au sort fait aujourd'hui aux bédouins du Neguev par le gouvernement israélien.
Les terres communales dont l'usage était délibéré ont été parcellisées et livrées à des propriétaires lointains, acquéreurs aux enchères (à très vil prix la plupart du temps) qui ont pu restaurer une quasi féodalité des rapports sociaux sur ces territoires.
Les familles de bergers n'ont pu que tenter de s'adapter ou migrer, ce fut la consécration économique du gemmage (récolte de la résine, "or blanc") et le statut d'ouvrier agricole salarié devint la norme.
L'appropriation brutale de ces terres et la formation des paysages qui nous sont aujourd'hui familiers découlent donc d'une décision politique et centralisée.
Les bouleversements sociaux et culturels qu'elle a pu engendrer, comme dans tout mouvement de colonisation, ont été parés d'une propagande qui de génération en génération (des élèves de la 3ème république jusqu'à aujourd'hui) continue de nourrir le discours naïf de nombre d'entre nous.
Assèchement de marais pestilentiels, œuvre civilisatrice, éradication de maladies endémiques, toutes ces fables accompagnent en général l'histoire du développement capitaliste par la spoliation.
Aujourd'hui, l'écologisme et la recherche scientifique ont permis d'établir le rôle considérable des zones humides dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Et aujourd’hui, le gouvernement vient de consacrer une nouvelle loi agricole qui met en péril les dernières zones humides de notre pays.
En illustration, quelques photographies stupéfiantes de Félix Arnaudin (1844 - 1921) enterré à Labouheyre (40) qui a miraculeusement documenté la réalité de la vie landaise avant les grands bouleversements.
 
L'article que j'ai posté hier tiré du site Cairn (par le géographe Arthur Guerin-Turcq) rappelle au passage que les Landais n'ont pas manqué d'opposer des actes de résistance, ceux décrits sont des actes isolés et sûrement désespérés de mise à feu (déjà) des plantations. Il faudrait creuser et chercher d'autres travaux pour prendre la mesure de la résistance collective des communautés paysannes"
"Le feu et le capital"  (par Arthur Guérin-Turcq)
"Le feu et le capital"  (par Arthur Guérin-Turcq)
"Le feu et le capital"  (par Arthur Guérin-Turcq)
"Le feu et le capital"  (par Arthur Guérin-Turcq)
"Le feu et le capital"  (par Arthur Guérin-Turcq)
"Le feu et le capital"  (par Arthur Guérin-Turcq)
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